Lancer une campagne marketing au Québec sans grille de vérification linguistique, c’est s’exposer à des reprises coûteuses et, depuis le 1er juin 2025, à un risque réglementaire accru sous la Charte de la langue française réformée par la Loi 96. Les exigences de l’OQLF touchent l’affichage public, les marques de commerce, l’emballage et le service à la clientèle, et plusieurs équipes marketing l’apprennent trop tard, une fois le matériel imprimé.
Voici huit points de contrôle à valider avant publication, qui couvrent la typographie, l’usage de la langue, la conformité légale et la cohérence éditoriale. Ils reflètent les contrôles que les équipes linguistiques expérimentées appliquent sur tout projet destiné au marché québécois.
Pourquoi un contrôle linguistique avant la mise en marché
Le coût d’une faute découverte après le lancement est rarement le coût de la correction elle-même. Il s’agit plus souvent du coût d’une réimpression d’emballage, d’une refonte de bannières en magasin, d’un remplacement de PLV, ou d’une crise de réputation sur les réseaux sociaux. Dans certains cas, c’est aussi le coût d’une plainte transmise à l’Office québécois de la langue française, qui peut mener à une mise en demeure, puis à des sanctions pénales en cas de non-conformité persistante.
Depuis le 1er juin 2025, le seuil d’inscription auprès de l’OQLF a été abaissé de 50 à 25 employés. Cela signifie que de très nombreuses PME québécoises sont désormais visées par les obligations de francisation, et que leur matériel marketing doit refléter cette conformité. Un contrôle structuré en amont, point par point, reste le moyen le plus économique de prévenir les problèmes.
1. Charte typographique et règles de ponctuation française
La typographie est le premier signal de qualité que perçoit le lecteur, souvent inconsciemment. Une espace insécable oubliée avant un point d’interrogation ou des guillemets anglais utilisés à la place des chevrons français suffisent à donner une impression d’amateurisme.
Avant l’impression ou la publication, vérifiez les points suivants :
- Espaces insécables avant les deux-points, points-virgules, points d’exclamation et points d’interrogation
- Guillemets français (« ») plutôt que guillemets anglais (” “)
- Apostrophes courbes (l’entreprise) plutôt que droites (l’entreprise)
- Tirets cadratins ou demi-cadratins selon le contexte, pas de tirets ASCII en remplacement
- Majuscules accentuées (É, À, È) dans les titres et acronymes
Ces détails échappent presque toujours aux outils automatisés et nécessitent un regard humain entraîné, surtout sur les éléments graphiques où le texte est intégré à une image.
2. Anglicismes et calques à éviter
Les anglicismes lexicaux les plus visibles, comme « checker » ou « canceller », sont généralement filtrés en amont. Les plus dangereux sont les calques syntaxiques et sémantiques, qui passent inaperçus parce qu’ils sont composés de mots français corrects, mais agencés à l’anglaise.
Quelques exemples fréquents dans les communications marketing :
- « Adresser un problème » (calque de to address) au lieu de « traiter, résoudre »
- « Supporter une initiative » au lieu de « soutenir, appuyer »
- « Compléter un formulaire » au lieu de « remplir »
- « Application » pour candidature, « opportunité » pour occasion
L’OQLF maintient une banque de dépannage linguistique qui répertorie ces cas et propose des équivalents français. Un examen méthodique de chaque titre, accroche et CTA permet généralement de remplacer ces formulations par des tournures plus naturelles, sans perdre en clarté.
3. Conformité à la Loi 96 et seuils de francisation
Si votre entreprise compte 25 employés ou plus au Québec pendant une période de six mois, vous devez vous inscrire auprès de l’OQLF dans les six mois suivants et entamer un processus de francisation. Cette obligation n’est pas seulement administrative : elle a des répercussions directes sur votre matériel marketing.
Concrètement, cela implique notamment :
- Servir la clientèle en français au moins dans les mêmes conditions que dans toute autre langue
- Disposer d’un site Web et de plateformes numériques accessibles en français à partir du Québec
- Rédiger les contrats d’adhésion, factures et documents commerciaux en français
- Communiquer en français avec les employés et la clientèle québécoise
Il faut aussi noter que la portée s’étend au-delà des entreprises ayant un siège social au Québec : toute entreprise qui sert des clients dans la province ou qui exploite une plateforme numérique accessible au Québec est généralement assujettie aux mêmes règles.
4. Affichage public et marques de commerce
Depuis le 1er juin 2025, toute marque de commerce dans une langue autre que le français utilisée dans l’affichage public visible depuis l’extérieur d’un local commercial doit être accompagnée d’un texte en français nettement prédominant, dans le même champ visuel. Pour les visuels extérieurs, l’espace consacré au texte français doit être au moins deux fois plus grand que celui consacré à l’autre langue.
Pour les emballages, un règlement publié à la Gazette officielle du Québec le 26 juin 2024 précise qu’un générique ou un descriptif anglais intégré à une marque de commerce doit aussi figurer en français sur le produit ou sur un support permanent. Une période transitoire est prévue jusqu’au 1er juin 2027 pour écouler les produits fabriqués avant le 1er juin 2025.
Avant tout lancement, validez que vos visuels d’affichage, packagings et bannières numériques respectent ces ratios. Une mise en page conçue avant 2025 peut sembler conforme à l’œil, mais ne plus l’être au sens du règlement actuel.
5. Écriture inclusive et accord en genre
L’écriture inclusive est devenue un enjeu éditorial central, particulièrement dans les communications RH, les campagnes employeur et les contenus institutionnels. L’OQLF a publié des recommandations officielles qui privilégient la rédaction épicène (formules neutres) et les doublets complets ou abrégés selon le contexte.
Les pratiques recommandées varient selon le canal :
- Rédaction épicène pour les textes longs : « le personnel », « la clientèle », « les équipes »
- Doublets complets dans les communications formelles : « les candidates et les candidats »
- Doublets abrégés (avec point médian ou parenthèses) utilisés avec parcimonie, surtout sur les supports courts
La cohérence d’un bout à l’autre de la campagne est plus importante que le choix d’une formule précise. Établir une règle interne et l’appliquer uniformément à tous les visuels, courriels et pages Web évite les incohérences perçues comme des oublis.
6. Cohérence terminologique multicanale
Une campagne marketing déploie typiquement le même message sur plusieurs canaux : site Web, courriels, infolettre, médias sociaux, publicité imprimée, vidéo, signalétique en magasin. Chacun de ces canaux est généralement produit par une équipe ou un partenaire différent, ce qui ouvre la porte à des divergences terminologiques subtiles.
Le nom d’un produit peut s’écrire avec ou sans tiret. Une fonctionnalité peut être nommée différemment dans le site et dans le courriel d’activation. Un terme technique peut être traduit de trois façons selon le pigiste qui a livré le texte. Ces variations diluent la mémorisation du message et fragilisent la perception de qualité.
La solution éditoriale classique est de constituer un lexique de campagne, qui fige la terminologie clé avant le début de la production. Pour les organisations qui n’ont pas d’équipe linguistique interne, faire appel à une agence de révision peut accélérer cette étape, comme l’explique ce guide pour choisir un service de révision linguistique au Québec, qui détaille les critères à valider lors du choix d’un prestataire (expérience sectorielle, langue maternelle des réviseurs, méthodologie, outils de gestion terminologique).
Un bon lexique couvre les noms de produits, les libellés d’offres, les fonctionnalités principales, les expressions corporatives et les accords particuliers (genre des marques, traitement des acronymes). Il sert ensuite de référence pour toutes les équipes impliquées dans la campagne.
7. Adaptation culturelle FR-CA, et non simple traduction FR
Une campagne traduite par un cabinet européen ou par un outil d’IA généraliste tombera, dans la majorité des cas, dans un registre français de France. Pour le marché québécois, ce n’est pas neutre : « courriel » plutôt que « mail », « magasinage » plutôt que « shopping », « stationnement » plutôt que « parking », « clavardage » plutôt que « chat ».
Au-delà du lexique, les références culturelles et les tournures idiomatiques varient. Un slogan qui fonctionne à Paris peut sonner étranger ou prétentieux à Montréal. La conformité OQLF impose le français, mais la conformité culturelle impose un français du Québec, fluide et reconnaissable par votre clientèle locale. Un réviseur québécois maternel est généralement nécessaire pour valider le rendu final.
8. Vérification Web finale en contexte d’affichage
Le dernier point de contrôle, souvent négligé, consiste à vérifier le rendu réel des contenus une fois intégrés. Un titre qui se tronque sur mobile, une espace insécable mal interprétée par le CMS, une balise méta avec une coupure au mauvais endroit, un bouton dont le libellé déborde sur tablette : ces problèmes ne se voient pas dans le fichier Word, seulement sur la page publiée.
La vérification Web finale, parfois appelée vérification linguistique en contexte, passe en revue le rendu visuel et fonctionnel des contenus directement dans leur environnement de publication. Elle couvre généralement :
- Titres et accroches, vérifiés sur les principaux formats d’écran
- Méta-titres et méta-descriptions (longueur, accents, ponctuation)
- Liens d’ancrage, libellés de boutons, messages d’état et confirmations
- Champs de formulaires (placeholders, messages d’erreur, validations)
- Contenus dynamiques générés à partir de variables ou de bases de données
Cette étape clôt généralement le cycle de production d’une campagne et précède la mise en ligne ou l’envoi. Plusieurs cabinets linguistiques montréalais offrent ce type de prestation en complément de la traduction et de la révision, dont l’agence Maxime Collins inc., qui sert depuis plus de quinze ans des agences marketing, des banques, des cabinets d’avocats et des organismes culturels sur le marché québécois.
Récapitulatif des huit points de contrôle
Voici une vue synthétique des huit points, du moment où les appliquer et du type de risque qu’ils permettent d’écarter.
| N° | Point de contrôle | Moment d’application | Risque évité |
| 1 | Charte typographique et ponctuation | Avant validation graphique | Perception d’amateurisme |
| 2 | Anglicismes et calques | Phase de rédaction | Manque de naturel, perte de crédibilité |
| 3 | Conformité Loi 96 et francisation | Avant production | Sanctions OQLF, refus de contrats publics |
| 4 | Affichage public et marques de commerce | Maquette graphique | Réimpression, plaintes, retraits |
| 5 | Écriture inclusive et accord en genre | Rédaction et révision | Incohérences perçues, controverses |
| 6 | Cohérence terminologique multicanale | Début de production | Dilution du message, fragmentation de marque |
| 7 | Adaptation culturelle FR-CA | Traduction et révision | Décalage culturel, ton inadapté |
| 8 | Vérification Web finale en contexte | Avant mise en ligne ou envoi | Troncatures, méta cassées, bugs d’affichage |
Bâtir une grille de contrôle adaptée à votre organisation
Ces huit points de contrôle ne sont pas exhaustifs, mais ils couvrent l’essentiel de ce qui peut faire échouer une campagne marketing au Québec sur le plan linguistique ou réglementaire. Adaptez-les à la nature de vos projets : une campagne de notoriété en B2C aura un poids différent sur les points 4 et 7, tandis qu’une campagne de recrutement insistera davantage sur les points 5 et 6.
Le contrôle linguistique gagne à être intégré au calendrier de production dès la phase de planification, pas en bout de course. Plus tôt il intervient, plus il coûte peu et plus son retour sur investissement est mesurable. Conformité à l’oqlf, qualité éditoriale et fluidité de marque convergent sur le même terrain : celui de la rigueur appliquée en amont.
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